jeudi 2 juin 2016

La spirale des mensonges - Louise Caron

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Voici ma chronique réalisée pour la lecture commune de ce roman organisée par Parlons Livres.

La spirale des mensonges
Louise Caron
Ed. Librinova - 2016

Catégorie : Romans, Littérature générale
Une histoire de famille, deux visions des événements, une flopé de mensonges. 
Eléonore, la mère, se retrouve coincée plusieurs jours à Paris. Cela lui rappelle des souvenirs et la force à une introspection profonde de sa vie, de ses doutes, de ses blessures, de ses amours, de ses silences, de son passé…
Léa, la fille, se livre à corps perdu dans des confessions demandées. Pas facile de parler de tant de douleurs cachées, tant de mensonges. Mais elle doit la vérité. Il le faut. 

"C’est loin. Extrêmement loin. J’ai dû changer aussi. Je ne pense pas aux rides, aux cheveux blancs que la couleur mensuelle dissimule de plus en plus mal. Pour ça, il suffit d’un miroir. Je pense à l’intérieur. A la tête. Au cœur. Aux profondeurs du corps."

Le livre est construit en 3 parties des tailles différentes. 
La 1ère partie, la plus longue, est l’histoire d’Eléonore mère de famille de 42 ans. Rédigée à la première personne on alterne entre passé et présent au fil de son séjour à Paris. On y découvre une femme meurtrie profondément et de multiple  façon. Un personnage solitaire et reclus dans le silence. On aperçoit les paysages, on ressent les odeurs, on entend les sons, grâce aux longues descriptions.
La 2ème partie, plus courte, plus concise, plus dense, est l’histoire de Léa, la fille de 23 ans d’Eléonore. Elle livre son passé, sa vérité, à la première personne et à voix haute. C’est direct. Franc. Comme pour tout discours non préparé, les dates s’entremêlent, jouent à saute-mouton, mais tout se tient et on ne se perd pas en cour de route. 
La 3ème partie, de quelques pages, est l’épilogue. Une sorte de fin. Il est écrit à la 3ème personne avec le point de vue d’Eléonore. Il est très résumé alors qu’elle apprend des choses importantes. Nous n’avons pas son ressentit sur tout, ni détaillé comme cela a été le cas dans sa partie. Après tout ce qui a été dit jusque là on s’attend à une fin riche en émotion et forte qui réunit les 2 points de vue mais c'est loin d’être le cas. Cela donne une sensation que cette partie a été préparée pour être écrite puis laissée tel que.

"Le film m’a laissé un goût amer. Je n’aime pas les histoires vraies. Encore moins au cinéma. Comment se distraire avec la vie des autres si elle ressemble à la vôtre ?"

L’intelligence des 2 premières parties est qu’on apprend des choses de part et d’autres sans se répéter sur les sujets communs. Si l’une a parlé d’un événement, l’autre le survolera juste pour le replacer dans la chronologie. Il n’y a pas de redite inutile. Les 2 formes une seule histoire. Tout s'imbrique. 

Les thèmes abordés sont variés. Ils parlent des femmes, du deuil, de l'absence, de la jalousie, de la construction de soi, de l'amour, de la haine, de la lâcheté...
L'écriture générale du livre est à peu près la même pour toutes les parties. Franche. Sèche. Directe. Brutale. Elle représente très bien les personnages et leurs histoires. 
Le vocabulaire est choisi avec soin et recherché. C'est agréable à lire. 
  
"Tu peux arroser les morts de pleurs, ils ne repousseront pas. Il faut vivre pour penser à eux. Les garder intacts dans notre mémoire."

Le choix du synopsis et du titre me laissent perplexe. 
Le synopsis* fait d’avantage pensé à une chronique de livre qu’à une 4ème de couverture qui donne envie de lire le livre en quelques lignes. Il en dit beaucoup trop. Il est trop long.
Le titre quant à lui ne correspond pas tout à fait à l'idée qu'on peut se faire du livre. On pourrait s'attendre à une histoire dans le présent avec un enchainement de mensonges et de l'action. Or, ici nous sommes plus dans l'introspection, la douleur, des vies gâchées même si les mensonges sont très présent on ne le ressent pas ainsi. On est dans la conséquence de mensonges et non l'action de mentir.

"Le dimanche s’étirait comme un chat malade."

Ce livre obtient la note de 2*/5* car j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire au début. Les trop longues descriptions m‘ont parfois ennuyées et l’épilogue ne répond pas suffisamment à toutes les questions pour qu’il me satisfasse sous cette forme. Pourquoi la 3ème personne alors que c'est le point de vue d'Eléonore ? Pourquoi connait-on seulement son sentiment sur les réponses aux questions qu'elle se posait alors qu'elle apprend également une nouvelle bouleversante ? On dirait que cela lui fait ni chaud ni froid... Pourquoi ce côté très distant alors que tout le livre est dans l'intime et la force ? C'est dommage.
En revanche, j'ai beaucoup aimé la partie de Léa, cette oralité, son personnage. 

Ce roman aux 2 visages plaira aux personnes qui aiment les personnages abimés, le contraste entre citadin et villageois, comment se construisent 2 âmes qui ne se comprennent pas...

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*4ème de couv. : «  Printemps 2009. Vingt-deux ans qu’Éléonore avait quitté Paris. Un trait tiré sur son passé. Une rature. Dans un hôpital parisien, devant le corps d’Antoine relié au monitoring, muette et sans compassion, elle regrette d'avoir quitté son mas cévenol. Une grève des cheminots la bloque dans un Paris inhumain qu’elle ne reconnaît pas. Entre les rencontres, douleurs et souvenirs remontent en bouffées successives. Elle évoque sa vie avec Antoine, sa fille Léa, et son fils disparu. Après l’accident de Guilhem, Éléonore s’est murée dans une souffrance destructrice. Sa fille en a fait les frais.
Léa est la seconde voix du récit. Voix discordante d'une écorchée vive qui doute et nous fait douter… Pour survivre à la mort de son frère, elle a reconstruit un monde à elle, et nous entraîne dans la spirale des mensonges.

Le suspense dure jusqu'à la dernière page où la vérité et les sentiments sont enfin dévoilés. »
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Un grand Merci à Louise Caron pour cette découverte

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